Pourquoi nous sommes devenus accro aux podcasts sur les faits divers

Depuis quelques années, les affaires criminelles se sont transformées en sujets de société et une nouvelle manière de les raconter a vu le jour.

Sans Algo
6 min ⋅ 14/03/2025

Vous avez un animateur de «Faites entrer l'accusé» préféré? Vous avez déjà lu le live-tweet d'un procès? Vous ne jurez que par des replays d'Affaires sensibles pour vous occuper sur la route des vacances? Vous faites donc partie des 69% de Français qui disent s'intéresser au traitement médiatique des faits divers, dont 14% «beaucoup», apprend-on dans un sondage publié à l'occasion des Assises du journalisme de Tours, qui ont choisi de se pencher sur le traitement des faits divers.

Si la rubrique a toujours existé, force est de constater que depuis quelques années, les affaires criminelles sont passées du statut de récit sordide à celui de sujet de société. Les plateformes ont produit des séries documentaires à l'écriture impeccable (The Jinx sur HBO, ou Grégory sur Netflix), tandis que les médias ont publié de longues enquêtes haletantes (Society sur Xavier Dupont de Ligonnès), des live-tweets de procès suivis par des milliers de personnes ou des récits d'audiences qui se dévorent comme un feuilleton (Élise Costa sur Slate, Florence Aubenas dans Le Monde sur le procès Le Scouarnec, pour ne citer qu'elles). Le fait criminel fascine et les médias se réinventent pour le traiter.

Le podcast est l'un des hauts lieux de ce renouveau narratif. Tout commence aux États-Unis avec Serial, un documentaire sur le meurtre d'une étudiante à Baltimore en 1999. L'affaire est close, l'ex petit-ami de la victime est en prison depuis longtemps, mais la journaliste Sarah Koenig mène une contre-enquête pour questionner le travail de la police et de la justice. Serial devient un jalon du «true crime» à l'américaine et un succès populaire comme jamais l'industrie du podcast n'en avait connu: plus de 340 millions de téléchargements revendiqués en 2018 –sûrement beaucoup plus aujourd'hui. Pourquoi un tel succès pour un podcast sur une affaire criminelle déjà jugée?

On pourrait enfoncer des portes ouvertes en disant que la journaliste Sarah Koenig a multiplié les choix audacieux: elle n'a pas hésité à remettre en cause la vérité judiciaire en donnant la parole au condamné, ni à se mettre en scène en train de refaire l'enquête ou à contester le travail de la police, contrairement à toutes les émissions télé sur des affaires criminelles. Mais le vrai génie de Koenig a été d'intégrer des codes narratifs empruntés à la fiction télé dans son podcast documentaire: des cliffhangers, une diffusion hebdomadaire, un thème musical entêtant et un récit plein de rebondissements qui se déploie d'épisode en épisode, donnant l'impression à l'auditeur d'être un détective amateur.

Au lancement de Serial, l'un des producteurs l'a dit: l'ambition de ce podcast était de proposer «la même expérience qu'une série sur HBO ou Netflix, dans laquelle vous faites connaissance avec les personnages et les événements semaine après semaine, mais avec une histoire vraie, et sans images». Grâce à ces nouvelles techniques narratives, Serial est parvenu à capter une audience assez grande pour bousculer la justice américaine. Adnan Syed, condamné en 2000 à la prison à vie pour ce meurtre, a été libéré en 2022.

En revenant sur une vieille affaire, Serial a ouvert la voie à des centaines d'autres contre-enquêtes, récits et documentaires. En bénéficiant du temps long et du recul, il est plus facile de raconter une bonne histoire. C'est justement ce qu'ont fait les six podcasts francophones que j'ai listés ici et qui, s'ils n'ont pas l'audience de Serial, ont chacun à leur manière participé à renouveler le traitement journalistique des faits divers.

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Sans Algo

Par Slate France

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